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Insights

Comment reconstruire un optimisme collectif face aux épreuves

Les pistes de Philippe Gabilliet pour entretenir l’énergie collective, renforcer la cohésion et traverser les épreuves.

Pour son vingt cinquième évènement cette année, l’APD a invité Philipe Gabilliet, coach de dirigeants et professeur de psychologie et de management à ESCP Business School Europe qui a parlé du « mental post-crise et comment reconstruire un optimisme collectif face aux épreuves ».

La performance collective passe par un sentiment de cohésion des équipes pour faire face entre autres aux difficultés.

Toutefois, dans le monde turbulent dans lequel nous vivons actuellement, il ne peut y avoir de performance collective sans un grand niveau d’énergie individuelle et collective.

Cette crise insolite de la covid-19 que le monde vit actuellement qui a perturbé aussi bien le système économique et sanitaire de tous les pays a également eu des impacts phycologiques et beaucoup de convictions ont changé. «Même dans ces moments très compliqués, certaines choses ne changent pas. Depuis plus de trente que je m’active dans l’accompagnement des dirigeants, aucun d’entre eux ne m’a demandé de lui apprendre à échouer. Tout le monde veut réussir. Tout le monde veut réussir économiquement, développer ses activités, son chiffre d’affaires… Il y a quelques décennies, l’idée d’une performance humaine, sociale marquée par un haut niveau d’engagement de fidélité, est devenue essentielle à la réussite de l’entreprise. Ces critères de la performance collective n’ont pas beaucoup changé. Il n’ay pas de structures durablement performantes qui fonctionneraient sous le mode de la dépendance que ce soit une dépendance au marché ou à autrui. Toute performance est un combat vers davantage d’autonomie aussi bien au niveau de l’écosystème que des personnes », souligne Philipe Gabillet, coach de dirigeants et professeur de psychologie et de management à ESCP Business School Europe.

Bien entendu, par définition, la performance collective passe par un sentiment de cohésion des équipes pour faire face entre autres aux difficultés. Toutefois, dans le monde turbulent dans lequel nous vivons actuellement, il ne peut y avoir de performance collective sans un grand niveau d’énergie individuelle et collective. «Les mots qui ont été inventés pour parler de ces situations sont multiples, engagement, motivations, mobilisation, enthousiasme, envie, optimisme…. », précise Gabillet. Et d’ajouter «en France, depuis quelques jours le climat n’est pas au beau fixe. Lorsque je lis le journal, je pleure. Lorsque par malheur j’allume la télévision on ne parle que d’une seule chose. Sur les réseaux sociaux, je suis frappé de stupeur. J’ai l’impression que mon quotidien ne comprend qu’accidents, chômage, instabilité financières, problème sanitaire…La peur s’est installée durablement ». Comment on est en arrivé là ? Pour répondre à cette question, Gabilliet propose de remonter dans le temps. «En novembre 2019, je me suis dit que durant le printemps 2020 j’allais récolter ce que j’ai semé. Et comme je suis un optimiste je vais m’offrir de très belles vacances. Inutile de dire que tout ceci a volé en éclat. Le monde a changé. On ne se sert plus la main, nous sommes séparés par des vitres», note le coach des dirigeants. Le coronavirus a frappé. Ce fut la Chine qui a dû en subir la première les conséquences dramatiques avant que tous les autres pays du monde ne soient contaminés. «La catastrophe qui finit par arriver n’est jamais celle à laquelle on s’est préparés » disait Mark Twain. Le monde a dû faire face à un très petit virus microscopique, mais qui agit comme un grand monstre qui dévore tout sur son passage. « Lorsqu’on analyse aujourd’hui la situation on se rend compte que l’aspect sanitaire est loin d’être réglé. Quant à l’aspect socio-économique, ce dernier pose aujourd’hui un énorme problème. Quand le virus a frappé, on s’est retrouvé dans une récession économique. Le futur se présente sous des auspices complexes. Dns un pareil contexte, il est difficile de maintenir le moral des équipes. La crise prend des allures dramatiques», souligne le professeur de psychologie et de management. La distanciation dite sociale complique davantage les choses. Mais, nous sommes obligés de réinventer des façons de faire même si le nouveau lien social n’est pas celui auquel l’être humain s’est habitué. «Que faire face au sentiment que l’adversité nous vise personnellement ? On peut se lamenter, regretter … C’est humain. On peut se dire que c’est la catastrophe et on doit alors vivre avec cette situation. On peut aussi continuer à avancer avec un parapluie qui ne nous protège pas totalement, mais on avance. La vraie vie va suivre son chemin», recommande Gabilliet. Dans le monde des affaires, on est encore plus sensible à ce genre de de situation. «Il faut dédramatiser car le monde n’est pas en train de s’écrouler. En effet, nous ne vivons pas une tragédie mais une épreuve collective qui aura une bonne issue. Aussi, il faut bien se soutenir les uns et les autres aussi bien au sein de l’entreprise qu’au sein de la société. L’adversité peut être un plongeoir ou un tremplin. Cela dépend du point où nous voulons être et de nos compétences. Lorsqu’on est un dirigeant on a charge d’âme. Donc la façon avec laquelle il va agir et réagir fera que les autres personnes autour de lui éprouveront des émotions. Ces dernières peuvent être de la confiance, de la défiance, de la satisfaction, du doute… », souligne Gabilliet.

L’optimisme est une forme particulière de lucidité

L’astrophysicien Hubert Reevs disait «des catastrophes arrivent. Puis on dit qu’elles sont arrivées. Et on passe à autre chose». Bien évidement certains pourront dire qu’il un tôt pour passer à autre chose, mais il est toujours intéressant de se préparer à affronter les coups du sort .Cela permet aux autres autours de nous d’avoir des points de repères. Si on joue la carte du pessimisme on tombera dans l’anxiété, la tristesse et au final dans la faiblesse. Mais, si on joue la carte de l’optimisme on peut avoir de la confiance, de la joie, du courage, de l’espoir. «Il faut que certains acteurs prennent le risque et d’être porteurs d’énergie. Il ne s’agit nullement de nier la réalité. L’optimisme est une forme particulière de lucidité. Un optimiste est quelqu’un qui met la réalité sous tension positive », précise Gabilliet.

Comment inspirer l’optimise et créer de l’énergie

Même si la situation est difficile rien n’empêche de refuser la fatalité. «L’optimise va nous pousser parfois à affronter des problèmes qui nous semblent dérisoires, mais il faut y aller et on maintient son énergie. Pour Gabilliet, «l’optimisme est un potentiel inné. Il s’agit d’une énergie vitale ancrée en nous .Pour certains d’entre nous, cette dernière s’est développée grâce aux expériences de la vie ou grâce à l’éducation. L’optimise est une attitude volontaire. Face à l’adversité on décide de regarder le monde autrement pour déclencher cette énergie extraordinaire. Mais, dans certains cas le pessimisme est volontaire et permet d’affronter certaines situations. Vivre en optimiste, c’est affronter ensemble les difficultés et les incertitudes de la vie d’une façon à la fois confiante et active». Affronter les difficultés peut aussi se faire grâce aux énergies collectives. Cependant, «une énergie collective se met en danger facilement. En effet, au quotidien les gens sont appelés à interagir entre eux (réunions, entretiens…) et la façon dont on va le faire peut être une tueuse d’énergie», note Gabillet. Ce dernier donne trois cas où l’on peut tuer l’énergie collective. Il s’agit de montrer et insister en priorité sur tout ce qui va mal, en particulier chez soi .Et si on veut plomber le moral, il suffit d’annoncer de préférence le pire pour tout le monde. On peut aussi douter ouvertement du pouvoir de la volonté et de l’action collective sur les évènements. «Même dans les situations les plus compliquées on peut s’en sortir. Le mental anticrise, c’est une question de lucidité, de recadrage de la réalité et de proactivité», assure Gabilliet.

Sept pistes d’énergie pour un mental anticrise

1 - Accepter d’oubliera nos faiblesses pour se concentrer ensemble sur nos points forts.

2-Affimer l’amélioration inéluctable des situations. L’académicien Jean Dutour disait lorsque la situation est désespérée, la seule sagesse est l’optimisme aveugle. Notre monde est un monde de possible à venir. Il y a toujours des solutions».

3- Rechercher nos capacités et nos marges de manœuvres. «Il s’agit de se réinventer de se découvrir des talents qu’on a jamais testés», explique le coach.

4- Mettre la priorité sur les batailles gagnables. «Les moments de crise sont des moments de priorités. Il faut accepter de concentrer son énergie que sur certaines batailles, celles qui sont gagnables», souligne Gabilliet.

5- Pratiquer le devoir d’essayer : vive les succès partiels, bricolés, temporaires ! Essayons tentons des choses. «Il faut donner aux gens le droit à l’erreur. La plupart des solutions qu’ion va trouver seront imparfaites, partielles et temporaires mais fonctionneront», assure le professeur.

6- Rester attentifs collectivement à l’inattendu et à ses opportunités. L’inattendu n’est pas seulement des problèmes. Il peut y avoir d’heureux accidents.

7- Favoriser en toute circonstance l’échange de valeur et d’utilité ! C’est dans les moments critiques, notamment dans les entreprises, qu’il faut favoriser l’échange des valeurs et d’utilités. Il s’agit d’un concept des relations humaines très connu et qui est à la base de la cohésion des équipes. «La rencontre de la réussite passe par la réussite des rencontres», disait Saint Exupéry.

Aider autrui

Pour Gabilliet, la meilleure façon pour atteindre ces objectifs c’est d’abord d’aider ceux dont on a besoin à atteindre les leurs. Et pour attirer les opportunités, il vaut mieux commencer par en devenir un soi même pour les autres.

Pour revenir à la crise actuelle, Gabilliet estime «qu’aujourd’hui nous n’avons jamais été aussi proches de sa fin même si on ne sait pas quand. Certes, le chemin sera difficile, mais le futur sera mieux qu’aujourd’hui. C’est ce qu’on appelle l’optimisme du combat qui consiste à ne jamais négocier sur l’objectif mais être lucide sur les difficultés du chemin. Il ne faut pas oublier non plus que l’optimisme est une énergie relationnelle renouvelable qui augmente au fur et à mesure qu’on la partage».

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