L’Amiral Olivier LAJOUS. Marin de l'État durant 38 ans, Olivier Lajous a navigué 17 ans, commandé trois navires de combat, participé à de nombreuses opérations extérieures, (Liban, Iran-Irak, Afghanistan, Tchad-Libye, Yémen-Erythrée), été Directeur de la communication, Directeur du Centre d'enseignement supérieur et Directeur des richesses humaines (DRH) de la Marine Nationale ainsi que Conseiller du Ministre de l'Outre-mer.Il est aujourd’hui conférencier et consultant
Les dirigeants qui s’isolent se mettent en danger d’être victime du syndrome d’Atlas et de finir épuisés en tentant de porter désespérément le monde tous seuls sur leurs épaules
Plus on a l’audace de partager, parler sincèrement et réfléchir calmement, mieux seront nos décisions et choix dans la vie
Quand les hommes et les femmes paniquent et qu’ils vont au centre de cette roue, ils sont capables du pire, de comportements complètement irrationnels
« Ma vie de marin m’a appris que, dans la tempête, il faut s’adapter, se concentrer, décider, rester calme, ne pas juger et partager», lance d’emblée l’Amiral
S’adapter
Dans un monde que l’on qualifie de « VUCA : Volatile, Incertain, Complexe et ambigüe », expression qui a été mise en place près de 30 ans dans les écoles de guère dans la chute du mur de Berlin, « il faut naviguer à vue et gérer les émotions ».
Après avoir vécu dans un monde très stable, l’union de l’Est ou l’empire soviétique et de l’autre côté le monde libéral, l’Est s’effondre avec la chute du mur de Berlin et la fin de l’union soviétique. La question qui s’est posée alors est de savoir que va devenir le monde ? Pour certains c’était la fin de l’histoire.
«Mais le monde est devenu normal, c’est-à-dire en désordre. Un monde normal est un monde qui bouge. De nouveaux entrants qui entrent dans un marché le bousculent comme ce qui s’est passé au moment de l’arrivée des Startup », note l’Amiral.
Dans ce mouvement, le monde a vu la Chine devneir une puissance, puis l’Inde et le Brésil, puis il y a eu le BRIX : Brésil, Russie, Inde et Chine. « En gros le monde a retrouvé une nouvelle dynamique, contrairement à ce que pensaient la majorité des personnes à l’époque », souligne l’Amiral LAJOUS. Ce dernier avait écrit sur le livre blanc de la défense de 2008 que ce qui pourrait déstabiliser le monde c’est une pandémie. Celle-ci pourrait mettre le monde dans un temps de guerre et qui serait aussi perturbant que la guerre elle-même.
Le temps de guerre se caractérise par trois grands facteurs « les 3 D » :
Déferlement : déferlement d’un ennemi qui s’infiltre partout et tue en masse, chaque jour la COVID fait des milliers de mort dans le monde, plus de mort que ce qu’a fait la guerre de Vietnam ou la seconde guerre mondiale.
Dérèglement : Jamais nos sociétés ont été aussi déréglées. Durant la seconde guerre mondiale, Londres se faisait bombarder, mais les métros continuaient de circuler, la vie économique continuait etc… Or en période de COVID-19, pour la première fois dans l’histoire humaine, on a vu pendant presque deux mois et demi le monde s’arrêter. Plus d’avions qui volent, plus de trains circulent, des villes étaient vides…Nos sociétés se sont arrêtées, les entreprises les plus fragiles ont péris, les plus solides se sont mis en sécurité mais se sont déstabilisés. Ce fur le dérèglement.
Divergence : La divergence des opinions, certains savants disaient que ce médicament allait marcher et permettre de sauver tout le monde, d’autres les contrariaient en disant que ce n’était pas le cas. Les savants se sont battus entre eux, et comme dans toute guerre le marché noir à vue le jour.
La roue des émotions de Robert Pluchick :
Celle-ci montre comment un être humain peut passer de la contrariété à la rage totale qui peut le rendre criminel, ou de l’inquiétude jusqu’à la terreur qui peut le rendre suicidaire etc… « Chez les militaires, ce qui va faire la différence c’est le PFH : Putain de Facteur Humain. Quand les hommes et les femmes paniquent et qu’ils vont au centre de cette roue, ils sont capables du pire, de comportements complètement irrationnels», souligne LAJOUS.
Donc un dirigent doit savoir qu’il a la responsabilité de ne pas laisser ses équipes atteindre des niveaux d’émotion du centre de la roue. Il faut faire en sorte de maintenir les niveaux d’émotion le plus bas possible en accompagnant, en expliquant en communiquant… et ne pas laisser les gens sombrer dans la panique.
«Le danger dans le temps de guerre (temps de pandémie) dans lequel nous sommes, c’est de ne pas arriver à s’adapter en permanence parce qu’on est pris dans la colère et la panique. Il faut accepter le fait que l’on a devant nous un ennemi (Covid) et agir au jour le jour en essayant de trouver des réponses, les faire évoluer dans un monde où l’on avait laissé croire au gens que l’homme était devenu maitre du monde et pouvait décider de pleins de choses. La pandémie nous a ramené à la réalité de notre condition humaine : nous sommes de tous petits atomes dans un univers immense qui bouge tout le temps et donc il nous faut accepter que l’on ne soit pas maitre du monde.
Se concentrer
Pour l’Amiral LAJOUS, la seule façon de traverser une tempête pour un marin, c’est de mettre le bateau à la cape (petite voile qui était à l’arrière du bateau qui obligeait le bateau à être face au vent) et tout faire pour que sa tienne.
Quand un marin est face à une tempête, il doit passer en mode survie, la même chose pour un dirigeant d’entreprise. Le mode survie pour ce dernier c’est :
Sécuriser la trésorerie
Stopper les frais
Réduire les investissements
Aller chercher toute les aides financières, gouvernementales possible
« Mettre l’entreprise en sécurité »
«Aider les gens à se concentrer et ne pas laisser les esprits pencher vers des questions inutiles. Il faut que chaque maillon de chaine tienne le coup. Chaque métier doit se faire, chaque collaborateur dans l’entreprise doit comprendre l’importance de son rôle par rapport aux autres, il n’y a pas de « petit » métier de gens supérieurs, de gens inférieurs, il y a des gens qui travaillent ensemble et chacune de ses personnes est importante », insiste l’Amiral.
Décider
Exemple du président Emanuel MACRON. « Ce dernier doit décider et à autour de lui différents avis et points de vue (Vis présidents, ministres…) tout en essayant de ne pas risquer de se mettre dans le « Syndrome d’Atlas » : personnage de l’antiquité connut pour vouloir tout résoudre tout seul », explique LAJOUS.
Les dirigeants qui s’isolent se mettent en danger d’être victime de ce syndrome et de finir épuisés en tentant de porter désespérément le monde tous seuls sur leurs épaules. «La seule façon de bien décider c’est de beaucoup partager, de s’entourer de gens et de réunir un maximum d’éléments et ne pas se précipiter en cas d’urgence. Et surtout accepter le fait que ce n’est peut-être pas la bonne décision et qu’il faudra avoir le courage de revenir et la changer», conseille l’Amiral.
Le cimetière est plein de gens qui se croyaient irremplaçables et ont fini par « Burn-outer ». Plus on associe à la direction d’autres personnes, plus on délègue mieux se sera, il n’y a pas de mal à dire que l’on est fatigué et donner la balle à une autre personne.
Rester calme
« On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter » disait d’Emmanuel KANT.
Il faut faire ce travail sur soi, se préparer à accepter le fait d’être contrarié souvent, qu’il va falloir trouver des solutions tout en restant calme, en sollicitant d’autres personnes et surtout en s’interdisant l’agacement et l’énervement. La colère n’est pas bonne conseillère, elle engendre le stress et l’inquiétude au sein des équipes, il ne faut pas se permettre des comportements non éthiques.
Ce travail est lié par les militaires à la nécessité absolue de travailler sur soit pour toujours rester calmes, ils enseignent cette pratique de « faire un pas de côté passer la main à quelqu’un d’autre, se reposer, revenir après une fois la colère estompée. Si le commandant d’un navire vient à périr suite à un combat, une maladie…le bateau va continuer sans lui et une autre personne prendra la relève. Il y a toujours une succession. On appellent cela la succession au commandement » et tout est organisé pour que le bateau continue à naviguer et à combattre», explique L’Amiral.
Pour un chef d’entreprise, la seule chose qui doit compter c’est la pérennité de l’entreprise et pour que celle-ci y parvienne, il ne faut pas que cette pérennité dépende de l’humeur de son dirigeant.
Ne pas juger
Exemple de l’art de Kintsugi : qui est l'art de la résilience à travers lequel, l’artisan souligne d'or les cicatrices, et rend les objets cassés paradoxalement plus beaux.
«Tout le monde est faible et ressemble à un objet fêlé parce qu’au cours de la vie des évènements peuvent survenir et nous provoquer des blessures. Et aussi longtemps que celles-ci sont bien réparées, nous restons très fragiles. Chacun d’entre nous est un Kintsugi ambulant, nous sommes riches de nos fêlures ».
Avant de voir une personne comme un directeur financier, un comptable ou un dirigeant, il faut commencer par le voir comme un homme/femme qui a ses forces et ses faiblesses.
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Sur ce point, l’exemple donné par de jeunes piquebaie qui font une sorte de réunion de temps en temps « ils appellent cela mes joies, mes peines et échangent sur ce qui les a rendus heureux et malheureux les derniers mois et rigolent, sa leurs procure un bien immense.
Plus les entreprises feront régulièrement cet exercice, mieux elles seront. Chez les militaires, ils appellent cela « Briefer et débriefer ».
Exemple de Nelson MANDELA. Lorsqu’on lui demandait de parler de cette période d’enfermement dans différentes prisons, qui duré plus de28 ans et qui était selon la plupart « perdue », MANDELA répondait « Il n’y a pas eu de temps perdu, mais un temps apprenant ». « Pour lui plus on a l’audace de partager, parler sincèrement et réfléchir calmement, mieux seront nos décisions et choix dans la vie », conclut l’Amiral LAJOUS.
