Par APD Maroc · Publication : 29 septembre 2025

Pour notre premier événement de la rentrée, nous avons eu le privilège de réunir plus de quatre-vingt-dix entreprises à Casablanca autour d’un thème majeur pour l’avenir de nos organisations: LE MIX RH: L'ART DE MARIER IA, TALENTS ET VISION. Un moment de partage, de réflexion et de prospective qui a confirmé le rôle de notre communauté : faire du Progrès une réalité collective.
Notre invité d’honneur, Jean-Noël Chaintreuil, Directeur Exécutif IA chez LVMH, a captivé l’auditoire avec une intervention marquée par des constats forts. L’accélération de l’IA est vertigineuse : en 2024, il fallait six minutes pour imiter une voix humaine ; en 2025, six secondes suffisent. Déjà, 57 % du contenu disponible en ligne est généré par IA. Et d’ici 2027, 40 % des emplois auront été transformés, tandis que 66 % des compétences seront devenues rapidement obsolètes. Plus d’un tiers des DRH reconnaissent même que leur fonction pourrait être remplacée.
Derrière ces chiffres parfois déstabilisants, une pratique s’installe de plus en plus dans les entreprises : avant de recruter, se demander pourquoi l’IA ne pourrait pas réaliser la tâche. Ce questionnement met en lumière ce qui reste irremplaçable : la créativité, le sens critique, la vision et l’expérience humaine.
Plusieurs cas inspirants ont illustré cette transformation : IKEA a formé 30 000 collaborateurs et 650 dirigeants à l’IA, et Schneider Electric a déployé une Talent Marketplace reliant 135 000 collaborateurs aux opportunités et mentors. Carrefour, pour sa part, a lancé son chatbot RH « Askia », capable de répondre avec efficacité et pertinence à toutes les questions de ses collaborateurs – de la gestion des congés aux processus internes – et de libérer ainsi un temps précieux pour les équipes RH afin qu’elles se consacrent à des missions plus stratégiques.
Jean-Noël a également insisté sur l’émergence des Skills Marketplace : de véritables « places de marché internes » où la valeur d’un collaborateur ne se résume plus à son poste, mais à l’ensemble de ses compétences mobilisables et en évolution. Une révolution silencieuse qui transforme le rôle des RH en véritables architectes de compétences et de trajectoires.
Il a aussi souligné le passage du prompt engineering au context engineering : il ne s’agit plus simplement de formuler des requêtes, mais de structurer et contextualiser la pensée pour dialoguer efficacement avec l’IA. Cette évolution en fait un puissant levier d’attractivité et de fidélisation. Comme l’a rappelé l’orateur, la formation à l’IA est désormais un critère essentiel de marque employeur : les jeunes talents veulent rejoindre les entreprises qui les y forment.
À cela s’ajoute l’idée novatrice du coach IA : un accompagnateur virtuel capable d’aider les juniors à progresser plus vite, de guider les collaborateurs dans leurs apprentissages et d’augmenter la capacité collective d’une organisation à innover et à décider. Plutôt qu’un substitut, l’IA devient un véritable coach, au service de la croissance et du développement des talents.
Enfin, l’accent a été mis sur la responsabilité collective. La vraie question n’est plus « faut-il utiliser l’IA ? » mais « comment apprendre à travailler avec elle ? » : collaborer sans se déresponsabiliser, protéger la confidentialité des données, anonymiser ce qui doit l’être, retirer logos et devises avant tout partage. Cinq questions clés doivent guider chaque dirigeant avant d’implémenter un outil : l’IA aide-t-elle à mieux décider ou décide-t-elle pour nous ? La décision reste-t-elle justifiable par un humain ? L’IA renforce-t-elle la diversité ou la réduit-elle ? Peut-on contester son analyse ? Qui est responsable si elle se trompe ?
La conclusion a résonné comme un appel au leadership : sans maîtrise, la puissance n’est rien ; sans vision, l’IA n’a pas de cap. Le rôle des dirigeants n’est pas de « faire de l’IA » pour suivre une tendance, mais de définir quelles compétences développer, quelles synergies créer et comment marier technologie, talents et vision pour construire l’organisation de demain : une véritable Skills-Based Organization, pilotée par les compétences plutôt que par les postes, capable d’évoluer en continu, de valoriser le potentiel humain et d’intégrer l’IA comme levier stratégique de performance et d’attractivité.
Une conférence dense, inspirante et tournée vers l’avenir, qui a montré à quel point notre communauté de dirigeants est prête à relever les défis de l’intelligence artificielle avec lucidité, ambition et responsabilité.


