Le directeur des relations internationales à l’ie Business School , Gonzalo Garland , qui est diplômé en économie de la prestigieuse université de Stanford, conseiller de plusieurs institution bancaires et internationales en Europe et en Amérique du sud, chercheur à l’université de Pennsylvanie et auteur de nombreux ouvrage et, a été l’invité de l’APD pour analyser la situation actuelle et les perspectives de l’économie mondiale et l’impact de la covid-19.
Aujourd’hui, le monde est beaucoup plus intégré qu’il y a quelques décennies.
L’Afrique va certainement enregistrer une grande croissance d’ici 2025. C’est la région où la croissance de la population est la plus rapide dans le monde. L’Europe continuera de régresser. Ce sera également le cas pour la Chine et le Japon. En revanche, l’Inde poursuivra sa croissance.
Le monde fait face depuis près d’un an à une crise sanitaire qui est rapidement devenu une très grande crise économique. Ou en sommes-nous aujourd’hui et quels en sont les effets de cette pandémie au niveau mondial. «Aujourd’hui, le monde est beaucoup plus intégré qu’il y a quelques décennies. Il y a 30 ans ou même 50 ans, nous avons assisté à l’avènement et à la montée en puissance très importante de la mondialisation qui a fait que les économies mondiales sont devenues plus intégrées. Par exemple ce qui peut affecter le Maroc peut affecter ses partenaires commerciaux et vis-versa », note le professeur Garland. Mais, pour comprendre l’évolution de l’économie mondiale, le professeur Garland propose une perspective historique. «Je dis toujours que l’économie est une science sociale. Ce qui signifie qu’elle traite du comportement des individus. Ce dernier n’est pas facilement prévisible et c’est pourquoi l’économie, à bien des égards, n’est pas prévisible. Qui aurait pu prévoir il y a un an la baisse actuelles du PIB dans monde .Bien entendu, non seulement la prédiction de la crise sanitaire aurait été impossible, mais également la réaction des populations. À moins que nous sachions comment les gens vont se sentir, comment ils vont consommer ou comment les investisseurs et les entreprises vont investir d’ici 2025 par exemple, cela n’aura aucun sens de dire que le PIB du Maroc augmentera par de 4 ou 5% ou qu’il baissera de2%. Donc, tant que l’économie continue d’être une science sociale, je crois que nous serons de meilleurs historiens », précise le professeur. L’histoire ne se répète pas, mais parfois elle rime. «Il y a beaucoup d’incertitudes. La semaine dernière par exemple, on apprend que la réussite du vaccin contre le coronavirus dépendra de ce qui va se passer durant les prochains mois. Bien sûr la situation pourrait devenir très différente de ce qu’elle semble être aujourd’hui. La question que je pose à mes étudiants est de savoir comment, d’un point de vue économique, le progrès dans l’humanité s’est-il fait. Est-ce d’une manière douce est constante à travers les siècles ou que cela n’est arrivé que durant 100 dernières années ou les 30 ou 10 dernières années ? A mon sens, le progrès de l’humanité d’un point de vue économique, est un phénomène qui date il y a 200 ans. Selon les recherches d’historiens économique respectées publiées dans le magazine Atlantique, les estimations du PIB par habitant dans différentes régions du monde depuis 2000 ans montre qu’il a eu peu de croissance jusqu’à l’an 1000 où l’Europe de l’Ouest a commencé à en réaliser d’une manière assez importante », souligne Garland. Ainsi, plus de 500 ans entre l’an 1000 et 1500, le revenu par habitant dans cette région a doublé passant de 400 dollars à 800 dollars. Mais, il ne s’agit pas d’une augmentation importante. Récemment, la Chine a doublé son PIB par habitant en 11 ou 12 ans. Durant les années 1970, en Corée du Sud le revenu par habitant a doublé en 9 ans. «Si nous avançons dans le temps et passons aux années 1800, nous constatons que la révolution industrielle marque le tout début d'un progrès économique significatif dans certaines régions du monde notamment en Europe de l’Ouest et les Etas Unis d’Amérique. Dans le reste du monde, la croissance reste limitée en Europe de l’Est et au japon. Il n’ay a presque pas de croissance en Chine, en Inde et en Afrique», précise le professeur. Le Japon allait réaliser des bons à partir de 1950, soit après la deuxième guerre mondiale. Cela ava être également le cas de l’Europe de l’Est. La chine le fera un peu plus tard. «En 1950, le pays industrialisés, l’Union Soviétique, les Etats Unis, le canada, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne le Royaume Unis, la France, représentaient 80 pour cent du PIB mondial. A l’époque il y a avait deux mondes dans un seul monde .Ce dernier était dominé par l’Occident. Le reste du monde qui comptait 85 pour cent de la population mondial ne représentait que 15 pour cent du PIB mondial», rappelle Garland.
La grande convergence
Durant les années 60, 70 et 80, l’évolution du japon reste stable. L’Union soviétique allait enregistrer une baisse. «Ce qui va se passer à cette époque est connu sous l’appellation la grande convergence par opposition à la grande divergence qui existait auparavant. Le monde va changer. On passe du monde du G7 (Etats-Unis, Canada, France, Royaume Unis, Italie, Allemagne, japon) à ce qu’on appelle le G20. Cela est irréversible. La chine, l’Inde, la Russie, le Brésil…enregistrent des croissances continues. En terme de croissance de la population si aujourd’hui la Chine et l’Inde sont sur le haut du podium mondial, l’Afrique va certainement enregistrer une grande croissance d’ici 2025. C’est la région où la croissance de la population est la plus rapide dans le monde. L’Europe continuera de régresser. Ce sera également le cas pour la Chine et le Japon. En revanche, l’Inde poursuivra sa croissance», note Garland.
La situation n’est pas aussi dramatique
En 1929, le monde allait faire face à ce qu’on appelle la grande dépression avec le crash boursier qui a commencé aux Etats-Unis avant de se propager dans le reste du monde causant des pertes économiques considérables. Le temps passe et on arrive en l’an 2008. Une autre crise financière frappe le monde. Elle a été appelée la grande récession. Beaucoup de pays n’ont pas pu retrouver leur rythme de croissance d’avant. C’est le cas par exemple de la Grèce. En 2019, le monde va faire une fois de plus face à une crise. Cette fois ci elle est créée par un virus, le covid-19. L’épidémie qui a commencé en Chine allait devenir une pandémie mondiale qui a eu des répercussions désastreuses sur les économies de tous les pays du monde .Ce qui faut que les prévisions pour 2021 restent incertaines. Tout le monde souhaite que le vaccin miracle soit produit et administré rapidement pour que les économies soient relancées. «En comparaison avec la grande dépression, cette crise sera moins importante. Cela dépendra du vaccin, de la fin des confinements et des fermetures », estime Garland Et d’ajouter «le moyen orient, certains pays d’Asie, comme la Chine te l’Inde ont été en mesure d’éviter la récession alors que les économes avancées se portent très mal. Au Maroc, si en 2020 le PIB baisser à -7 pour se situer à 4,9 en 2021, en Algérie, il passera de -5,5 à 3,2 la année prochaine. En Tunisie il sera en 2021 de près de 4 contre -7 cette année. Mais, ces prévisions datent d’octobre soit avant la deuxième vague du coronavirus De ce fait on ne peut savoir comment cette deuxième vague et l’annonce de la découverte du vaccin influenceront l’évolution des économies mondiale », souligne le professeur.
Y’aura-t-il relocalisations généralisées durant les prochaines années ?
«Durant des années, plusieurs pays cherchaient à produire moins cher dans d’autres pays. Cette idée de relocalisation a commencé avant l’apparition du virus et plus précisément avec les guerres commerciales entre les Etats Unis et la Chine. Certes, il y a eu un changement politique aux Etats Unis, mais je ne crois pas que cela va changer radicalement les relations entre les eux puissances économiques. Ainsi, si une entreprise continue de produire en Chine cela pourrait lui poser de problèmes d’accès au marché américain. Plusieurs entreprises américaines pourraient relocaliser notamment au Mexique pays limitrophe ou tout simplement aux Etats-Unis. Avec le coronavirus la situation a été aggravée .L’histoire des masques qui n’existaient pas sur le marché européenne alors qu’ils sont produits ailleurs a été perçu comme un grand problème. Ce qui pousse a poussé certain à dire qu’il faut relocaliser au moins une partie de la production pour ne pas être dépendant d’autres pays. Mais, je ne crois pas que ce sera une tendance générale, certains pays le feront d’autres ne le feront pas », répond le professeur Graland.
Est-ce que avec la deuxième vague du coronavirus, la croissance de l’économie sera-t-elle en baisse ?
«Certes cette année l’impact de la deuxième vague sera négatif sur l’économie mondiale. Mais ce ne sera probablement pas dramatique. Pour 2021, certains disent que dans 4 mois tout sera redevenu normal, mais cela dépendra de l’efficacité du vaccin et le temps qu’il faudra pour le généraliser. Cela dépendra aussi du comportement des pays. Certains comme l’Allemagne n’ont jamais pris de mesures drastique qu’après la deuxième vague, d’autres pays ont fait le contraire», estime Garland.
Est-ce que la hausse de la dette publique ne mettra-t-elle pas des pays en danger ?
Lorsqu’on on fait face à une crise économique il faut faire ce qu’on appelle des politique anticycliques. Les choses vont pousser vers le bas et l’Etat doit essayer de pousser vers le haut. Aujourd’hui les ratios dette/ PIB ne sont pas plus élevés qu’ils l’ont été par le passé. Après le seconde guerre mondiale, il y avait des ratios dette/PIB énormes dans plusieurs pays du monde. Si on regarde les chiffes, on dira qu’il y a de gros problème au Japon, En Belgique… mais, je pense que par le passé le monde a vécu des situations qui montent que nous pouvons récupérer rapidement», précise Garland.
La Chine deviendra-t-elle la première économie mondiale ?
«En se référant aux chiffres sur les PIB, les États Unis sont à la tête du classement mondial avec plus de 21,428 billions de dollars. La Chine est deuxième mais, reste un peu loin quand même avec seulement 14,343 billions. Ainsi même si la Chine réalise une croissance de 8 à 10 pour cent, elle ne pourra pas rattraper les Etats-Unis dans un temps court. Bien entendu la Chine produit plus que les Etats Unis, mais cette production se vend moins chère que celle américaine», explique le professeur Garland.
