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Géopolitique & économie

Maroc–France : les cinq axes d’un partenariat réinventé

Lors du Business Lunch organisé par l’APD le 14 octobre 2026, S.E.M. Philippe LALLIOT, ambassadeur de France au Maroc, a présenté les perspectives d’un partenariat appelé à se projeter sur les vingt à trente prochaines années. Son intervention fait émerger une question essentielle pour les dirigeants : comment traduire cette ambition politique en capacités industrielles, en compétences et en investissements durables ?

Par APD Maroc · Publication : 16 octobre 2026

Photo de famille du Business Lunch de l’APD avec S.E.M. Philippe Lalliot, ambassadeur de France au Maroc, le 14 octobre 2026

Pour une entreprise, la qualité d’une relation entre deux pays se mesure aussi à ce qu’elle permet d’entreprendre. Elle peut donner la visibilité nécessaire à un investissement, faciliter l’accès à un savoir-faire ou rendre possible un projet commun. À travers l’intervention de l’ambassadeur se dessine ainsi une lecture stratégique du partenariat Maroc–France : la confiance constitue une ressource économique, dont la valeur dépend de la capacité des acteurs à la convertir en réalisations.

Fort de son expérience à la tête du Centre de crise et de soutien à Paris, Philippe Lalliot a rappelé la brutalité et l’instabilité de l’environnement international. Dans ce contexte, l’ancienneté, la densité et la diversité des liens franco-marocains offrent un point d’appui précieux. Encore faut-il entretenir cette relation avec lucidité. Les tensions des années 2021 à 2023 constituent, à cet égard, une expérience dont les enseignements doivent nourrir la coopération future.

La visite d’État d’octobre 2024 a consacré le « partenariat d’exception renforcé » voulu par Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Président Emmanuel Macron. L’ambassadeur inscrit cette nouvelle étape dans un horizon de vingt à trente ans et évoque le travail d’un comité de sages franco-marocains chargé de préparer un futur traité bilatéral. Pour les acteurs économiques, l’enjeu d’un tel cadre est concret : pouvoir engager des projets dont la durée dépasse celle des conjonctures politiques.

Cette ambition s’appuie sur des réalisations tangibles. Renault à Tanger, les activités de Safran dans l’aéronautique ou encore la coopération ferroviaire avec Alstom témoignent de la capacité des deux pays à construire des projets industriels exigeants. Leur portée tient aussi aux compétences développées, aux fournisseurs mobilisés et à l’intégration locale. Ces expériences offrent une base pour aborder les secteurs qui structureront la compétitivité de demain.

Construire des capacités stratégiques communes constitue un premier chantier. Numérique, quantique, énergies renouvelables, métaux critiques, sécurité alimentaire et logistique figurent parmi les priorités évoquées. Elles répondent à une même préoccupation : sécuriser les ressources et les savoir-faire dont dépend la capacité d’agir. La souveraineté prend ici la forme d’une coopération choisie, fondée sur des complémentarités solides et des engagements réciproques.

Les échanges avec les dirigeants ont précisé cette orientation. Sur les chaînes de valeur et les métaux critiques, l’ambassadeur a plaidé pour un partenariat industriel permettant au Maroc de trouver pleinement sa place dans les dynamiques européennes. Pour les entreprises, cette perspective invite à identifier les capacités qu’elles peuvent développer ensemble, les dépendances qu’elles peuvent mieux maîtriser et les investissements nécessaires pour y parvenir.

L’Afrique donne à cette coopération une dimension régionale décisive. L’axe reliant l’Europe au continent africain, notamment par la façade atlantique du Royaume, ouvre des perspectives dans les infrastructures, l’énergie et la logistique. Le Maroc y apporte ses capacités industrielles et son ancrage africain. L’ambition présentée consiste à faire de cette articulation un espace de stabilité et de croissance durable, porté par des projets répondant aux besoins des territoires concernés.

La portée du partenariat dépendra également de sa diffusion dans le tissu économique. L’ambassadeur a souligné la nécessité d’y associer davantage les PME et les entreprises de taille intermédiaire. La coopération entre collectivités territoriales peut soutenir ce mouvement en rapprochant entreprises, établissements de formation et acteurs locaux. La relation prend alors une profondeur nouvelle : celle de projets accessibles à une diversité d’entrepreneurs, au plus près de leurs métiers et de leurs territoires.

Les investissements croisés doivent accompagner cet élargissement. Encourager les implantations réciproques et le co-investissement suppose des instruments financiers adaptés aux projets comme à la taille des entreprises. Un enjeu opérationnel en découle : permettre à des partenaires de partager l’effort d’investissement, d’inscrire leur coopération dans la durée et de faire grandir ensemble leurs activités.

Le capital humain conditionne la réussite de cette ambition. Les perspectives industrielles ne prennent corps que si les compétences suivent. L’apprentissage, l’alternance et des parcours de formation proches des besoins des entreprises occupent donc une place centrale dans la feuille de route exposée. Pour les dirigeants, cela implique de participer à la définition des compétences recherchées et de renforcer les liens entre formation et situations de travail.

Le plurilinguisme participe de cette ouverture. L’ambassadeur a défendu une approche associant l’arabe, le français et l’anglais, tout en rappelant l’offre de formation destinée aux entreprises à travers le programme IF Pro de l’Institut français. La place des femmes dans l’économie a également été abordée, avec l’évocation de projets d’autonomisation soutenus par l’Agence française de développement. Ces deux dimensions renvoient à une même exigence : élargir l’accès aux opportunités et permettre à davantage de talents de contribuer au développement.

La confiance se joue enfin dans l’expérience quotidienne des acteurs. La question des visas l’a illustré. L’ambassadeur a évoqué une « mobilité de confiance » facilitant les déplacements des acteurs économiques, des enseignants et des étudiants, notamment par une progression vers des visas de plus longue validité. Pour les entreprises, cette fluidité compte : un partenariat se construit aussi dans la possibilité de se rencontrer, de former une équipe et de travailler régulièrement ensemble.

Le travail conjoint sur les archives, également mentionné lors des échanges, inscrit cette confiance dans une profondeur historique. Aborder le passé de manière constructive fait partie des conditions d’une relation capable de se projeter durablement.

Pour les dirigeants réunis par l’APD, cette intervention ouvre un agenda concret : repérer les complémentarités industrielles, associer de nouveaux partenaires, investir dans les compétences et concevoir des projets à l’échelle régionale. La dynamique diplomatique crée un cadre favorable ; les choix des entreprises lui donneront sa traduction économique.

La force du partenariat Maroc–France se mesurera aux capacités que les deux pays auront construites ensemble : des entreprises qui grandissent, des talents qui trouvent leur place et des projets qui durent. C’est à cette échelle que la confiance devient un avantage stratégique.

En faisant du dialogue entre dirigeants une source de confiance et de projets communs, l’APD donne tout son sens à sa signature : « Anticiper et grandir entre pairs et experts ! ».

Ce temps de dialogue a bénéficié du soutien de M-AUTOMOTIV et du Groupe des Boissons du Maroc, sponsors de cette rencontre.

Affiche du Business Lunch APD : Maroc–France, les nouveaux axes d’un partenariat réinventé, avec S.E.M. Philippe Lalliot, le 14 octobre 2026 au Hyatt Regency Casablanca

Pour prolonger cette réflexion, retrouvez l’interview de S.E.M. Philippe Lalliot, Ambassadeur de France au Maroc, réalisée à l’occasion du Business Lunch de l’APD du 14 octobre 2026.

Voir l’interview sur YouTube ↗

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