Hervé SERIEYX. Ce dernier a été dirigeant d'entreprises et de groupes industriels, délégué interministériel à l'insertion des jeunes, professeur associé à Paris 8 et conseiller de nombreux dirigeants économiques. Il est auteur d’une trentaine ouvrages
La puissance au sein d’une entreprise de nos jours se traduit par la montée des algorithmes et l’intelligence artificielle. Cela veut dire qu’il y aura beaucoup de de métiers qui vont disparaitre
Les chocs qui venaient d’avant la pandémie étaient considérables mais ceux qui apparaissent avec l’inconnu, avec le signe noir, avec le télétravail et la possibilité de travailler sans être ensemble va changer incroyablement la donne.
«La pandémie a été vécue différemment d’un pays à un autre. Lorsqu’on dit l’entreprise post-covid-19 c’est déjà un acte de foi, parce que cela suppose que nous allons en sortir. Certains chercheurs disent que ce ne sera pas possible et nous devrons vivre une durée non négligeable avec le covid19», annonce SERIEYX.
L’entreprise post-covid va être doublement marquée par des évolutions qui avaient peut-être déjà lieux dans l’entreprise mais qui vont être accélérés pas la pandémie, et aussi des évolutions nouvelles qui ont surgi et qui viennent modifier l’entreprise.
La puissance au sein d’une entreprise de nos jours se traduit par la montée des algorithmes et l’intelligence artificielle, cela veut dire qu’il y aura beaucoup de métiers qui vont disparaitre. Certains avaient déjà commencé à s’éclipser même avant la pandémie, tout ce qui est algorithmisable, automatisable et répétitif va disparaitre », prévient SERIEYX.
Ce qui va donner une puissance folle à l’avancée de l’intelligence artificielle est l’informatique quantique. La différence avec l’informatique traditionnelle c’est que cette dernière est digitale / déterministe (0 ou 1), alors que l’informatique quantique est une informatique probabiliste. «Cette vitesse de transformation de données à laquelle nous faisons face va accélérer considérablement la capacité d’apprentissage de l’intelligence artificielle. C’est tellement plus agréable d’avoir un algorithme qu’un salarié, parce que ce dernier n’est pas toujours de bonne humeur », explique SERIEYX.
Un exemple de métier qui peut facilement être remplacé par les algorithmes :
Camionneur : lorsque le camion n’aura plus besoin de pilote, nous n’aurons plus besoin de camionneur.
Consultant : le vrai conseil c’est aider son client à naviguer dans le flou, cependant la plupart se présentent en étant consultant mais ne font que mettre en œuvre, mouliner un algorithme et c’est donc parfaitement « Algorithmisable ».
Un autre mouvement qui, avant l’éruption de la pandémie impactait lourdement l’entreprise : l’environnement.
«Nous mesurons de plus en plus l’écart entre ce qu’il faudrait qu’on fasse pour éviter la catastrophe planétaire et ce que l’on fait réellement. Nous ne cessons de recevoir des normes européennes qui sont colossales en termes d’émission de CO2, d’utilisation de pesticide, de diminution d’énergies non renouvelables.Tout cela représente des impacts sur l’entreprise, nous sommes obligés d’en tenir compte, et donc ces trois grands mouvements transformaient déjà considérablement nos habitudes/façons de fonctionner », note SERIEYX.
L’entreprise Post-covid, en plus de toutes ces évolutions déjà présentes avant la pandémie, va faire face à tout un tas de nouvelles. La première de ses lourdes imputions c’est :
L’incertitude totale :
C’est ce que le statisticien très connu Nassim Nicholas Taleb dit : « Vous aviez l’habitude de tout prévoir, de tout programmer, de tout calculer et brusquement surgis un signe noir un hasard terrible qui bouleverse vos certitudes, vos habitudes, votre vie personnelle et toutes vos organisation collectives ».
Avec la situation d’aujourd’hui les entreprises savent qu’elles sont devant le signe noir.
Exemple :
-Le court terme sont devenues les 6 heures par jour entre 6h du matin et 6h du soir parce qu’à ce moment y a le couvre feux. Nous sommes devenus contraint d’essayer de faire le mieux possible dans ce petit lapse de temps.
-Le moyen terme devient la semaine, la question devient « que va décider le conseil supérieur de la défense dans 1 heure ? », « dans une demi-heure va parler notre premier ministre qui va nous dire dans quelle sauce nous allons être mangés », « Des entreprises vont disparaitre ce soir » etc…
Les entreprises doivent être anti-fragiles ou résilientes, c’est-à-dire qu’il faut que nos entreprises soient très souples et très prêtes à bouger. Elles doivent être débureaucratisés.
La transformation de notre collectif de travail :
Durant cette crise sanitaire, un très grand nombre de personnes qui sont surtout des cadres ont basculé vers le télétravail. Quand nous travaillons à la maison il faut avoir un cadre adéquat, un lieu propice au travail.
«La durée de temps de travail » et « d’heures supplémentaires » ne veulent plus rien dire. Dans ce contexte, Nassim Nicholas Taleb a dit : « pour le temps comme il n’est pas question de placer des pointeuses dans le logement de ceux qui œuvrent en télétravail, la notion même de temps de travail risque de prendre un coup de vieux, à commencer par l’idée même d’heure supplémentaire. On sait mesurer une quantité de temps de présence, on ne sait pas apprécier la qualité d’une contribution à un objectif ».
« Dans les entreprise, les gens pointent le matin et pointent le soir et s’ils ne font pas cela ils ne vont pas travailler. Ce qui d’ailleurs est la traduction d’une défiance à peu près totale vis-à-vis du personnel. Nous ne sommes plus obligés de quitter chez soit pour travailler ensemble. Aujourd’hui, nous pouvons en permanence travailler en groupe faire des réunions comme bon nous semble quand nous voulons. Cela est très dur pour une compagnie aérienne car une bonne part de son activité est du « Tourisme Business » et où les réunions devaient se faire sur place », souligne SERIEYX.
Les chocs qui venaient d’avant la pandémie étaient considérables mais ceux qui apparaissent avec l’inconnu, avec le signe noir, avec le télétravail et la possibilité de travailler sans être ensemble va changer incroyablement la donne.
La verticalité hiérarchique :
Pendant très longtemps, nos entreprises ont été très verticales avec des chefs des sous-chefs, des vice-présidents …
«La verticalité hiérarchique reposait sur l’idée qui était de respecter les « chefs » parce qu’ils « savent », or maintenant nous savons qu’ils ne « savent pas », et nous ne pouvons pas leurs en vouloir.La verticalité hiérarchique n’est plus véritablement prise au sérieux par tout le monde, parce que face à l’incertitude totale plus personne ne sait d’avantage que les autres pour affronter l’avenir. Dans un environnement incertain », explique SERIEYX.
Pierre de Villiers, général et chef d’état-major en retraite a des phrases étonnâtes sur le commandement de demain, il a dit :
« Dans un environnement incertain, commander ce n’est pas avoir à le faire. C’est faire en sorte que les enjeux soient suffisamment compris par les salariés, partagés, intériorisés pour que chacun des collaborateurs agisse en anticipant les ordres qu’on ne lui a pas donnés ».
«C’est commander par le sens, heureusement que nous avons encore des personnes avec de grands diplômes et peins de qualités humaines », précise SERIEYX.
Le retour en grâce du syndicalisme d’entreprise :
Les centrales syndicales nationales prennent un coup de vieux, en revanche nous venons de découvrir pendant cette période de pandémie, que les partenaires sociaux locaux de l’entreprise doivent être associés de très près aux transformations considérable que nous sommes obligés de faire en temps réel et avoir des roues souples pour bouger, changer les horaires, changer les programmes à toute allure et cela ne se réussi en général qu’en le négociant très finement avec les syndicats de l’entreprise.
Le management post-covid :
Beaucoup d’entreprises ne vont pas changer du tout après la COVID leurs modes de management. Plus en fait de verticalité, de pesanteur hiérarchique, de bureaucratie fonctionnelle, de centralisation, de contrôle nous obtenons les conséquences que tout le monde connait :
-Multiplication de cause inutile
-Stérilisation des initiatives et la créativité de tous
-Diminution de l’efficacité collective et de l’efficience du système
Comme il existe un grand nombre d’entreprises qui vont tirer leçon de tout cela », soutient SERIEYX.
Manager c’est faire en sorte que dans un contexte extérieur mouvant et au sein d’une entreprise évolutive, nous faisons en sorte que les collaborateurs dont on dispose et tel qu’ils sont, réalisent durablement les résultats attendus.
Il faut mettre dans la tête 5 « C » :
Clarification : Il faut clarifier ce que l’entreprise fait. Celle-ci ne fabrique pas que des produits, elle essaye aussi de créer de l’emploi, elle essaye de satisfaire ses actionnaires. Les entreprises sont aussi là pour créer de la vie, Il ne faut jamais mettre dans un poste de responsabilité une personne qui n’a pas ce sens en soit.
Cohésion : le télétravail va engendrer ce que l’on appelle le « chacun pour soi », la perte de sentiment de faire partie d’une communauté d’entreprise, et le virus du « désamour » de la « démotivation ».
«42% personnes de salariés interrogés dans le cadre d’une étude expliquent que leurs travails leurs plait de moins en moins, 35% affirment que la crise leur a fait comprendre que leurs boulots n’ont pas de sens pour eux. Le télétravail n’est donc pas neutre, en outre ceux qui œuvrent en distantiel sont souvent perçu par ceux qui travaillent en présentiel, sur le terrain en prenant des risques, comme des « privilégiés ». La cohésion se travaille, il faut essayer de ne pas tolérer plus de trois jours de télétravail pour qu’il y est des retours en présentiel, plus de réunions sinon l’entreprise risque de perdre », conseille SERIEYX.
Commination : Il faut communiquer sur des bonnes nouvelles au sein de l’entreprise qui motivent et font chaud au cœur. Il est vital d’avoir du positif pour avancer. Il faut également savoir écouter.
La convivialité : Il faut faire en sorte d’être ensemble dans un monde ou le face à face se fait de moins en moins.
Le courage : Il faut avoir le courage de savoir choisir ses collaborateurs. Il faut essayer le moins possible de se les faire imposer, qu’ils soient capables de créer de la confiance et d’animer des équipes.
« Le courage de débureaucratiser son entreprise, le courage de décider dans le brouillard, le courage de se tromper, le courage de faire en sorte que l’entreprise tire des leçons de ses échecs, qu’elle devienne apprenante», conclut SERIEYX.
